Rhone Alpes

It's a Free World

Ken Loach - 2006 - GB -


Le cinéma est un doux privilège 

It’s a Free World ! s’inscrit dans le prolongement des films précédents de Loach. Il est produit par la compagnie Sixteen Films créée en 2002 par le cinéaste et la productrice Rebecca O’Brien, associés au scénariste Paul Laverty, avec pour objectif la production et réalisation des films de l’équipe. Loach a toujours travaillé en étroite collaboration avec ses scénaristes, et le tandem qu’il forme avec Paul Laverty remonte à Carla’s Song (1996). De même, le monteur Jonathan Morris, l’ingénieur du son Ray Beckett et le compositeur George Fenton sont des collaborateurs de longue date, rejoints en 2005 par le décorateur Fergus Clegg. Ce fonctionnement basé sur l’autoproduction et le travail en confiance caractérise un cinéma d’auteur mais répond aussi à la posture idéologique qui fonde le cinéma de Loach. Depuis longtemps, Loach projetait un film sur la question de la flexibilité et du travail temporaire : « L’origine de cette histoire remonte au documentaire que j’avais réalisé dans les années 90, The Flickering Flame, sur les dockers de Liverpool qui luttaient pour leur emploi. La disparition de la sécurité de l’emploi des travailleurs et l’augmentation du nombre d’agences de recrutement sont des éléments très significatifs sur lesquels on ne communique pas. C’est pourtant un fait explicite de la manière dont la vie des gens a changé, et aussi le résultat d’une décision politique qui peut être remise en question. »Propos de Ken Loach cités dans le dossier de presse du film édité par l’Association française des cinémas d’art et d’essai. Ce thème recoupait ceux de l’évolution du monde ouvrier et du traitement des immigrés abordés dans The Navigators, Bread and Roses… Loach et Laverty se documentent alors sur le travail clandestin, sur les agences d’intérim et leurs recruteurs. Ce travail d’enquête sert ensuite, selon leur démarche habituelle, une fiction documentée qui concentre le problème de société abordé sur un personnage fort, et qui rassemble à l’intérieur d’une histoire des réalités différentes. La clef, c’est le personnage d’Angie : il déplace le point de vue, permettant d’éviter le pathos sur les clandestins et de questionner le spectateur en le faisant entrer dans le monde égoïste de l’héroïne.

Nedjma Moussaoui