Rhone Alpes

Barbara

Christian Petzold - 2012 - Allemagne -

« Christian Petzold, un créateur d’atmosphère »

Christian Petzold, chef de file de l’École de Berlin [Dario Marchiori, « L’École de Berlin : la lucidité des sentiments »], est né en 1960 à Hilden, près de Düsseldorf (Allemagne). Après des études de littérature et de théâtre à la Freie Universität de Berlin, il s’engage dans la réalisation au sein de l’Académie allemande du film et de la télévision (Berlin) où il est l’élève puis l’assistant-réalisateur de Hartmut Bitomsky et Harun Farocki. Avec ce dernier, il signe les scénarii de Contrôle d’identité (2001) et Fantômes (2005). Son premier long métrage réalisé pour le cinéma, Contrôle d’identité (2001), lui permet une reconnaissance internationale (il remporte plusieurs récompenses dont le Grand Prix du film allemand).
Ce film raconte l’histoire d’une jeune fille de quinze ans qui mène une existence clandestine à cause de l’activité illégale de ses parents, anciens activistes terroristes. Mais l’amour va remettre en question sa condition et sa vie de fugitive, impliquant de fait sa famille. Ce drame est en fait un prétexte pour Christian Petzold, attiré par la description d’un univers énigmatique où les êtres vivent leur existence tels des fantômes. Les terroristes des années 1970, errant à travers l’Europe dans les années 1980 et 1990, sont sans identité, perdus socialement, sans attaches, « en transitinfoInfo« Mes personnages sont en transit. Si l’on regarde la RFA avec Google Earth, on a une impression d’ordre, parce que les Allemands sont ordonnés, mais en dessous tout est en flux » (Christian Petzold, in Thomas Sotinel, « Christian Petzold et Nina Hoss, le réalisateur séduit et la muse conquise », Le Monde, 2 mai 2012).» et à ce titre fascinants aux yeux du cinéasteinfoInfo« Les fantômes sont des apparences qui ne veulent pas disparaître totalement, car ils n’acceptent pas d’être morts (…)ce sont des êtres du passé qui n’arrivent plus à rentrer dans le présent. Ils essaient désespérément de redevenir des êtres humains, mais plus personne n’a besoin d’eux. C’est quelque chose que j’ai étudié dans plusieurs de mes films » (Christian Petzold in site du musée du Louvre). http://www.louvre.fr/christian-petzold-en-conversation-avec-pierre-gras-suivi-de-la-projection-de-gespenster-fantomes-de. (Page Web consultée le 10 juillet 2013). (on peut faire là le lien entre cet univers et l’intérêt qu’il porte au cinéma allemand des années 1920 – Murnau, Lang… – où les personnages perdaient leur ombre, vivaient entre le rêve et la réalité…). On retrouve ce type de climat (personnages mystérieux, importance accordée à la nature – forêtinfoInfo« J’ai mis beaucoup de temps à le comprendre, mais nous, les Allemands, racontons toujours la réalité à travers les mythes, les légendes, ce qui se passe dans les forêts allemandes… » (Christian Petzold, in Jean-Baptiste Morain, « Berlin année 00 : entretien avec Christian Petzold », Les Inrockuptibles, 26 avril 2009). http://www.lesinrocks.com/2009/04/26/cinema/actualite-cinema/berlin-annees-00-entretien-avec-christian-petzold-1141790/. (Page Web consultée le 10 juillet 2013)., eau, etc. –, relation humaine ambiguë, bruits étrangers) dans tous les films qui suivront, Yella (2007) en premier lieu qui va au plus loin dans la manière dont des situations réalistes sont contaminées par un imaginaire probablement issu de la perception troublée du personnage, difficile à cerner. Yella, les deux Laura de L’Ombre de l’enfant (2003) et de Jerichow (2008) ainsi que Barbara, toutes interprétées par Nina Hoss, sont des femmes mystérieuses qui cherchent à fuir une existence oppressante Voir le film d’analyse « Barbara ou le portrait d’une femme », réalisé par Rémi Fontanel.

Dans ces univers parfois étranges, le sentiment amoureux vient à chaque fois complexifier leurs projets, qui prendront des directions diverses selon les films. À l’importance accordée à l’atmosphère, toujours très travaillée, s’ajoute un intérêt certain pour les thèmes à caractère sociopolitique toujours abordés au second plan, comme c’est le cas pour Jerichow dont un membre du trio est un immigré turc. Dix ans après Contrôle d’identité, Barbara concentre ainsi l’ensemble de ces éléments et pour cette raison peut être considéré comme le premier palier marquant une véritable maturité au sein d’une œuvre en devenir.

Rémi Fontanel

1994 : Pilotes (Pilotinnen) (TV)

1996 : Cuba Libre (TV)

1998 : Die Beischlafdiebin (TV)

2001 : Contrôle d’identité (Die Innere Sicherheit) (sortie française : 26 juin 2002)

2002 : Rencontres dangereuses (Toter Mann) (TV)

2003 : L’Ombre de l’enfant (Wolfsburg) (TV)

2005 : Fantômes (Gespenster)

2007 : Yella (sortie française : 22 avril 2009)

2008 : Jerichow (sortie française : 22 avril 2009)

2011 : Etwas Besseres als den Tod (TV)

(Volet d’un projet collectif appelé Drei LebenTrois vies. Trois histoires qui tournent autour du même fait divers. Les autres volets sont réalisés par Dominik Graf et Christoph Hochhäusler).

2012 : Barbara (sortie française : 2 mai 2012)