Rhone Alpes

A bientôt j'espère/ la Charnière / Classe de lutte

Chris Marker, René Vautier, Pierre Lhomme / Chris Marker, Mario Maret / Le groupe Medvedkine de Besançon - 1968-1969 - France

A bientôt j’espère : 55 mm
La Charnière : 16 mm
Classe de Lutte : 37 mm

Groupe Medvedkine
Alexandre Medvedkine (1900-1989), cinéaste soviétique, est l’inventeur du ciné-train, unité mobile de production qui sillonna l’URSS en 1932 pour filmer ouvriers, paysans et mineurs du pays, et leur montrer su-le-champ leur propre travail (montés le jour même dans le train, les films étaient projetés le lendemain) dans le but de l’améliorer et d’aider à la construction de la Russie nouvelle. Deux ans plus tard, à partir de son expérience de la vie des campagnes, Medvedkine tourne une comédie paysanne intitulée Le Bonheur. Trente-quatre ans après, des cinéastes-ouvriers français ont l’idée de se nommer Groupes Medvedkine en hommage à cette incroyable aventure du ciné-train, tentative authentique de donner le cinéma au peuple.

1967-1974
Une expérience, unique à ce jour dans l’histoire du cinéma français, se déroule en Franche-Comté : des ouvriers, de Besançon d’abord et de Sochaux ensuite, s’affirment cinéastes, signant collectivement ou en leurs noms propres, une dizaine de films politiques.
Avec l’aide et le soutien de réalisateurs et techniciens parisiens – et non des moindres (Chris Marker, Antoine Bonfanti, Jacques Loiseleux, Michel Desrois, Jean-Luc Godard, Bruno Muel etc.) -, ils prennent leur image en main et, de l’intérieur pour une fois, rendent compte de la lutte, des conditions de vie et des désirs de la classe ouvrière. Cinéma militant, donc, mais différent des formes habituelles. Cinéma inventif, expérimental aussi bien les vertus du montage que de la parole directe, s’essayant à la fiction ou à la reconstitution. Cinéma de combat, formes libérées, expression de soi politique et poétique.

Mars 1967
Grève et occupation d’usine à la Rhodiaceta de Besançon. Chris Marker commence alors un film : A bientôt, j’espère. Après un premier passage télé en mars, le film est projeté pour la première fois à Besançon. S’ensuit un débat très critique. Le film de ce débat, sans images, existe : une prise de son effectuée par Antoine Bonfanti et justement nommée La Charnière. “On sera toujours au mieux des explorateurs bien intentionnés, plus ou moins sympathiques, mais de l’extérieur et, de même que pour sa libération, la représentation et l’expression du cinéma de la classe ouvrière sera son oeuvre elle-même. Et quand les ouvriers auront entre les mains les appareils audiovisuels, ils nous montreront à nous les films sur la classe ouvrière, et sur ce que c’est qu’une grève, et l’intérieur d’une usine. On ne peut exprimer réellement que ce qu’on vit.”

Classe de lutte
La conjonction de trois facteurs : le travail des ateliers de formation aux techniques cinématographiques, la création par Marker d’une coopérative indépendante de production-diffusion et l’effervescence née de mai 68, produit alors un film : Classe de lutte, à la fois réponse à À bientôt, j’espère et sublime portrait d’une militante, Suzanne Zedet. 1968. Alors que les grèves ouvrières se multiplient, Suzanne Zedet, salariée de l’usine Yéma à Besançon, se lance avec enthousiasme dans l’action syndicale, malgré les réticences et inquiétudes de son mari.
De la première prise de parole véritable en mai 68, à travers un discours vibrant écrit dans l’urgence, jusqu’aux sanctions décidées à son encontre par la direction, Suzanne raconte le travail du militant, l’échec de la grève, les divisions au sein du monde ouvrier, mais aussi les joies d’un combat syndical au quotidien qui ont changé sa vie, la révélant aux autres et à elle-même. Parce qu’une société nouvelle est en jeu…

Dossier pédagogique réalisé par la Région Franche-Comté