Rhone Alpes

Incendies

Denis Villeneuve - 2011 - Canada

2h – format 1,85

avec Rémy Girard, Lubna Azabal, Mélissa Désormeaux-Poulin, Maxime Gaudette

Lors de la lecture du testament de leur mère, Jeanne et Simon Marwan reçoivent deux enveloppes. Ils doivent remettre la première à leur père, qu’ils avaient toujours cru mort. Quant à la seconde, elle est destinée à un frère dont ils n’avaient jamais entendu parler. Jeanne décide alors de partir pour le Liban à la découverte de son histoire familiale. Son jumeau, Simon, se montre plus réticent et ne veut rien connaître de plus sur cette mère qui s’est toujours montrée froide avec lui. Mais, par amour pour sa soeur, il accepte finalement de la suivre dans ce voyage. Au cours de leur périple, les deux jeunes gens vont découvrir un passé familial dont ils ne soupçonnaient pas l’existence…

« Le Québécois Denis Villeneuve a transformé la pièce de son compatriote Wajdi Mouawad en une enquête tendue à l’extrême, où le destin de Nawal, mère donc, mais aussi terroriste et prisonnière de guerre, s’éclaire au gré de retours en arrière à la violence fulgurante. Le pays en question n’est jamais nommé, pour mieux brouiller les pistes et les cartes, et conférer une puissance quasi mythologique au récit. On devine qu’il s’agit du Liban, mais les mêmes crimes ne se répètent-ils pas en Palestine ou en Irak ? De la scène à l’écran, les longs monologues poétiques deviennent des moments bruts, intenses. Comme cette scène où des enfants sont les cibles d’un sniper dont on constate, à la fin, qu’il est à peine plus âgé qu’eux…

Le spectateur évolue ainsi à vue, sans jamais avoir d’avance sur les jumeaux, contraint, comme eux, d’encaisser les révélations au fur et à mesure, de démêler sans cesse le vrai du faux. « A qui appartient cette armée ? » demande, telle une longue plainte lancinante, la chanson de Radiohead (You and whose army) sur des images ­d’orphelins fraîchement tondus et promis à devenir ennemis les uns des autres, selon le clan, chrétien ou musulman, qui les enrôlera en premier. Qui sont les victimes, qui sont les bourreaux ? Telle est la question que pose ce film de guerre implacable comme une tragédie grecque. »

Jérémie Couston
Télérama

12 janvier 2011