Rhone Alpes

L'Invasion des profanateurs de sépultures

Don Siegel - 1956 - USA

1h20 – V.O. sous titrée

avec Kevin Mc Carthy, Dana Wynter, Larry Gates

 

Santa Mira, une petite ville de Californie. Un jeune médecin, Miles Bennell, et son confrère psychiatre, le docteur Kauffman, constatent des changements étranges dans le comportement de leurs concitoyens. Certains d’entre eux ne reconnaissent plus leurs proches parents. Appelé par son ami Jack Belicec, Miles découvre un cadavre au visage inachevé, ressemblant étrangement à celui de Jack. Dans la serre de celui-ci poussent d’étranges cosses, renfermant d’autres corps. Miles commence à soupçonner l’horrible vérité…

Au printemps 1955, quand Don Siegel tourne L’Invasion des profanateurs de sépultures, le sénateur Joseph McCarthy a été mis hors d’état de nuire depuis quelques mois. Le scénario de Daniel Mainwaring – réputé pour ses opinions progressistes, il a notamment écrit pour Joseph Losey – n’en revient pas moins, implicitement, sur la « chasse aux sorcières » qui a décimé Hollywood. Ni gélatineux ni tentaculaires, les extraterrestres qui trouvent refuge sur la Terre ont la capacité de prendre l’apparence de n’importe qui. Ils donnent alors à leur corps-hôte une personnalité rudimentaire, privée d’émotions et de libre-arbitre, qui ne tolère aucune « différence ». Une métaphore évidente de l’embrigadement politique (on pense parfois à Rhinocéros, de Ionesco) et du fanatisme.

“La bonne idée du producteur Walter Wanger (qui a lui-même repéré la nouvelle de Jack Finney à l’origine du film) fut de confier l’affaire à un réalisateur de polars. Si L’Invasion des profanateurs de sépultures ne ressemble à aucune autre série B fantastique de l’époque, c’est par son réalisme brutal et son rythme soutenu de course-poursuite perdue d’avance. Pour le héros médecin, constatant, impuissant, la transformation de ses patients et amis, il n’y a vite plus d’autre solution que de fuir. A l’origine, le film s’achevait sur l’autoroute où le malheureux tente en vain de donner l’alerte. Finalement, le distributeur exigea un épilogue plus optimiste. Le film a connu trois remakes, ce qui atteste de la richesse de son sujet : par Philip Kaufman dans les années 1970, Abel Ferrara dans les années 1990, et, tout récemment par le cinéaste allemand installé à Hollywood Oliver Hirschbiegel. Comme l’original, tous tentent, avec des résultats inégaux, de distiller la même angoisse : celle de sentir ses proches ou soi-même imperceptiblement changés, différents à jamais. C’est une peur dont on ne triomphe jamais que celle de devenir autre.”
Aurélien Ferenczi
Télérama
20 juillet 2013