Rhone Alpes

Welcome In Vienna (La trilogie) Wohin und Zurück

Axel Corti - 1982-1986 - Autriche

“Axel Corti ou la carrière d’un metteur en scène autrichien”
La vie d’Axel Corti est marquée par l’histoire européenne du xxe siècle. Il naît en mai 1933 à Paris d’un père commerçant d’origine italo-autrichienne et d’une mère berlinoise. Engagé dans la résistance, son père meurt en 1945 assassiné par les nazis. Après s’être réfugiée en Suisse pendant la guerre, la famille Corti émigre après 1945 en Italie puis en Allemagne, en Grande-Bretagne et finalement en Autriche à Innsbruck, où le jeune Axel entame des études de philologie allemande et de langues romanes afin de devenir journaliste.

Une première carrière à la radio et au théâtre
Dès 1953, Axel Corti débute à la radio, il est alors âgé de 20 ans. Grâce à sa connaissance du français, il est employé comme speaker et journaliste pour la radiodiffusion autrichienne du Tyrol, région alors située en zone française. Il acquiert en quelques années une précieuse expérience en réalisant des émissions de cabaret parlé, des émissions politiques, des reportages. Il dirige surtout, entre 1956 et 1960, le département des pièces radiophoniques, où il réalise des fictions dans lesquelles il tient de nombreux rôles, découvrant ainsi l’art de la mise en scène grâce à la radio : « Je sais aujourd’hui que j’ai alors appris beaucoup sur le travail du dialogue[1]. » De 1968 à sa mort en 1993, il continuera de réaliser une émission satirique hebdomadaire, Der Schalldämpfer (« La Sourdine »), qui appartient au patrimoine de la radio autrichienne. Dans ses films, il conservera cet intérêt pour la radio [lien interne : « Mise en scène : Mont(r)er l’archive », par Martin Goutte et « Film d’analyse : Leur Voyage d’hiver », par Philippe Roger].

Intéressé par la mise en scène, il choisit à 26 ans de se tourner vers le théâtre. Sa réputation à la radio lui permet de se faire engager en 1960 au théâtre national de Vienne (Burgtheater) comme assistant metteur en scène. En 1962, il devient premier metteur en scène au théâtre d’Oberhausen et enseigne parallèlement à la célèbre école Max Reinhardt. En 1967, il est nommé au théâtre d’Ulm et collabore avec Peter Brook à Londres. Ses mises en scène sont montrées sur les grandes scènes européennes.

 

Télévision et cinéma
Repéré par un producteur de télévision au début des années 1960, Axel Corti s’oriente définitivement vers ce nouveau medium et devient un cinéaste important dans la sphère germanophone. À la sortie de Welcome in Vienna en France, en 1986, il déclare : « Si je suis un inconnu, c’est principalement parce que je vis en Autriche et que nos possibilités de tournage y sont limitées. L’industrie cinématographique autrichienne qui s’est presque terminée avec l’exode de tous ses grands metteurs en scène tels Fritz Lang, Zinnemann, Stroheim, Billy Wilder, Preminger, etc., s’est réellement éteinte en 38. […] Aussi quand moi j’ai été en âge de tourner pour pouvoir faire les films qui m’intéressaient, la seule possibilité c’était de travailler avec la télévision. La même chose s’est produite en Allemagne. Fassbinder, Herzog… tous ont commencé à la télévision[2]. » Les œuvres de Corti marquent la télévision autrichienne et européenne des années 1970 et 1980. Ses adaptations ambitieuses d’œuvres littéraires germaniques sont admirées. Son dernier projet, achevé par le chef-opérateur Gernot Roll après sa mort, est une adaptation du roman de Joseph Roth La Marche de Radetzky (Radetzkymarsch), avec Charlotte Rampling et Max von Sydow. Surtout, ses films et téléfilms se confrontent aux questions de la culpabilité et de l’identité, luttant contre le refoulement autrichien [lien interne : « Extérieur film : L’Autriche et le nazisme », par Nedjma Moussaoui]. En 1971, Axel Corti réalise Der Fall Jägerstätter, sur un scénario inspiré de l’histoire vraie d’un paysan autrichien très croyant qui refuse d’être enrôlé dans l’armée allemande sous Hitler et se voit condamné à mort par la cour de Berlin en 1943[3]. Ce téléfilm débouche sur une sortie en salles sous le titre Le Refus : présenté au Festival de Venise grâce au soutien de René Clair, le film reste longtemps à l’affiche à Londres, mais Corti ne trouve pas de distributeur en France[4]. Le cinéaste entame ensuite une collaboration fructueuse avec le journaliste et scénariste Georg Stefan Troller. Ils réalisent deux documentaires : Hitler, un jeune homme originaire de l’Innviertel (1974), qui dessine un oppressant portrait psychologique et pointe l’antisémitisme catholique autrichien, puis, dans la même démarche auscultatrice, Freud, un jeune homme originaire de Galicie. Cette collaboration se poursuit avec la trilogie Wohin und Zurück, dont le troisième volet sort en salles en 1986 et consacre le cinéaste au plan international. Ce succès lui permet de réaliser La Putain du roi, présenté en sélection officielle au Festival de Cannes en 1990. En 1993, il meurt à 60 ans d’une leucémie, alors que La Marche de Radetzky est encore en tournage. Pour lui rendre hommage, un prix Axel Corti est créé en Autriche. Il récompense des productions télévisées ambitieuses.

Nedjma Moussaoui


[1]. « Entretien avec Axel Corti », propos recueillis par François Ramasse, Positif n° 309, novembre 1986, p. 7.
[2]
. Ibid, p. 5-6.
[3]
. Cette condamnation est levée en 1997 par le tribunal de Berlin et en 2007 le paysan Jägerstätter est béatifié par l’Église catholique.
[4]
« Entretien avec Axel Corti », propos recueillis par François Ramasse, Positif n° 309, novembre 1986, p. 6.

Filmographie (non exhaustive)

1995 : La Marche de Radetzky (Radetzkymarsch)
– Prix Adolf Grimme décerné à titre posthume.
Téléfilm en trois parties d’après le roman éponyme de Joseph Roth (terminé après la mort de Corti par le chef-opérateur Gernot Roll).

1990 : La Putain du roi (Die Hure des Königs)
– Sélection officielle du Festival de Cannes 1990.

1986 : Welcome in Vienna
– [Concernant les récompenses, voir la rubrique « Synopsis et générique du film »]

1985 : Santa Fe (Téléfilm)
– [Concernant les récompenses, voir la rubrique « Synopsis et générique du film »]

1984 : Eine blassblaue Frauenschrift (Une écriture de femme bleu pâle)
Téléfilm en deux parties d’après le roman éponyme de Franz Werfel.
– Nymphe d’or et prix de la presse internationale au Festival de Monte-Carlo 1985.
– Prix Italia.

1983 : Herrenjahre
Téléfilm d’après le roman éponyme de Gernot Wolfgruber, avec l’acteur Johannes Silberschneider qui incarnait Ferry dans Dieu ne croit plus en nous.

1981 : Dieu ne croit plus en nous (An uns glaubt Gott nicht mehr, téléfilm)
Wie der Mond über Feuer und Blut
(téléfilm)

1980 : Das eine Glück und das andere (téléfilm)

1978 : Die beiden Freundinnen
Téléfilm d’après le roman L’empoisonnement (Die beiden Freudinnen und ihr Giftmord) d’Alfred Döblin.

1976 : Freud, un jeune homme originaire de Galicie / Le jeune Freud (Der junge Freud, téléfilm)

1975 : Totstellen (téléfilm)

1973 : Hitler, un jeune homme originaire de l’Innviertel (Ein junger Mann aus dem Innviertel – Adolf Hitler, téléfilm)

1972 : Le Refus (Die Verweigerung)
– Prix Venezia Giovane, Festival de Venise 1972.
– Sélection du Festival de Londres 1972.

1971 : Der Fall Jägerstätter (téléfilm)

1970 : Die Katze auf dem Gleis – Spiel in drei Situationen (téléfilm)

1963 : Kaiser Joseph und die Bahnwärterstochter (téléfilm)

1962 : Der Marquis von Keith
Téléfilm d’après la pièce Le Marquis de Keith de Frank Wedekind.

Nedjma Moussaoui