Rhone Alpes

Welcome In Vienna (La trilogie) Wohin und Zurück

Axel Corti - 1982-1986 - Autriche

« Une trilogie à quatre mains »

Des affinités électives
La trilogie Wohin und Zurück résulte de la collaboration fructueuse entre le cinéaste Axel Corti et le scénariste Georg Stefan Troller. Née au milieu des années 1970, leur collaboration avait déjà connu le succès avec deux documentaires consacrés à Hitler puis à Freud. (Cf. « Cinéaste et filmographie », par Nedjma Moussaoui), ce qui les invitait à prolonger cette veine du film documentaire biographique, mais tous deux souhaitaient s’orienter vers un nouveau type de projet : « J’ai dit à Troller : “Écris quelque chose de toi-même, qui vienne de l’intérieur.” Et il m’a mal compris, comme il m’avait beaucoup parlé de sa jeunesse, comme il m’avait raconté son histoire, il a cru que je voulais qu’il écrive un film sur lui-même, alors que j’attendais qu’il l’invente. C’est ainsi qu’il a écrit Dieu ne croit plus en nous. »infoInfo« Entretien avec Axel Corti », propos recueillis par François Ramasse, Positif n° 309, novembre 1986, p. 8.

Issu d’un « malentendu », ce projet qui veut se confronter à son propre passé et raconter l’histoire de l’émigration juive autrichienne sous le nazisme désigne en fait le nœud qui relie les deux hommes : le poids du nazisme dans l’histoire de leur pays. Georg Stefan Troller a vécu et fui la persécution nazie pour échapper à l’holocauste tandis qu’Axel Corti a vu son père assassiné par les nazis parce qu’il avait rejoint la résistance françaiseCf. « Cinéaste et filmographie », par Nedjma Moussaoui].

L’écriture versus la mise en scène
Le travail sur ce premier film démarre en 1977, et le succès rencontré amène ensuite les deux hommes à penser une deuxième et une troisième parties. Ce sont en tout neuf années de travail que Corti et Troller dédieront à la trilogie.

L’écriture revient entièrement à Troller, qui s’inspire directement de son vécu : « (Les films) sont tous autobiographiques. Il est évident que nous avons fait des changements (…) Mais, de manière générale, il s’agit à 70 ou 80 % de ma vie. »infoInfoEntretien avec Georg Stefan Troller, dossier de presse de la sortie française de la trilogie en 2011.
Le premier et le troisième film sont les plus autobiographiques, tandis que Santa Fe est largement fictif : refermé sur lui-même, le jeune Troller n’avait rien vécu de significatif lors de son exil douloureux à New York, et le scénariste invente beaucoup en s’inspirant de ceux qu’il a croisés. Cf. « Acteurs et personnages : C’étaient de vrais êtres humains », par Nedjma Moussaoui. La mise en scène revient, elle, complètement à Corti. Cela vaut aussi bien pour le casting et la direction d’acteurs que pour les choix esthétiques précis (noir et blanc, recours aux images d’archives, présence de la seule musique de Schubert). C’est également le cinéaste qui a choisi les titres Georg Stefan Troller souhaitait, lui, intituler la trilogie Wie es war (« Comment c’était »), un titre qui désigne plus le tableau d’une époque que la trajectoire mouvementée des exilés (cf. Entretien du bonus DVD). – celui de la trilogie (Wohin und Zurück) comme ceux des films (An uns glaubt Gott nicht mehr / Santa Fe / Welcome in Vienna)Le choix de l’éditeur DVD de rassembler sous le titre du dernier film toute la trilogie peut à ce sujet induire en erreur. .

Un tour de force
La réalisation de Wohin und Zurück relève de l’exploit en terme d’économie. Troller salue la persévérance de Corti : « Les trois films sont dus à Axel, à son énergie, il les a poussés. »infoInfo« Entretien avec Georg Stefan Troller », bonus du troisième DVD du coffret de la trilogie Welcome in Vienna édité en novembre 2011. Contraint par le cadre de la production télévisée. Cf.  « Cinéaste et filmographie », par Nedjma Moussaoui, il doit en effet lutter pour trouver des coproductions parce que l’Autriche manque de moyens pour financer des projets de cette envergure.infoInfoCf. « Entretien avec Axel Corti », propos recueillis par François Ramasse, Positif n° 309, novembre 1986, p. 5-6.

Il réussit à tourner les deux derniers volets avec le budget d’un film : « J’ai réussi à faire les deux films à la fois. C’est-à-dire que j’ai fait des acrobaties incroyables pour tourner ensemble la deuxième et la troisième partie »infoInfo« Entretien avec Axel Corti », propos recueillis par François Ramasse, Positif n° 309, novembre 1986, p. 8. . La faiblesse de moyens est compensée par un long travail de préparation et d’imagination. Ainsi, pour reconstituer la Vienne d’après-guerre, avec son décor de ruines, Corti et sa petite équipe mènent un véritable travail d’enquête pour traquer les démolitions de maisons dans les vieux quartiers viennois et négocier avec les démolisseurs : « Il fallait aller très vite. Nous devions les faire arrêter au milieu. Parce que c’est à ce moment qu’il fallait tourner, dans les décombres, pendant un ou deux jours, poser les travellings, faire venir les figurants, etc. »infoInfoIbid., p. 9.

De même, la reconstitution du port de New York pour la longue séquence d’ouverture de Santa Fe réclame un gros travail de logistique. Corti n’a pas les moyens pour tourner sur les lieux.

Il décide de s’installer à Trieste, mais ce port ne ressemble en rien à celui de New York. Il va alors recourir à des astuces au tournage et au montage avec les vues d’archives pour reconstituer ce lieu : « J’ai établi un véritable plan de bataille avec mon chef opérateur. Cela a été le plus dur de ma vie de travail. Mais, lorsque vous voyez le résultat, vous vous croyez vraiment au milieu du port de New York et la séquence est longue, environ vingt minutes. »infoInfoIbid.

Nedjma Moussaoui