Rhone Alpes

L'Homme qui tua Liberty Valance

John Ford - 1962 - Etats-Unis

2h03 – Format 1.85

avec John Wayne, James Stewart, Lee Marvin

Le sénateur Ransom Stoddard, et sa femme, Hallie, arrivent à la gare de Shinbone. Impressionnés par cette arrivée incognito, deux journalistes supplient le sénateur d’expliquer la raison de sa venue. Random leur explique qu’il est venu assister à l’enterrement d’un vieil ami, Tom Doniphon, et décide de leur raconter son histoire… Jeune avocat fraîchement diplômé, Stoddard était arrivé à Shinbone sous des auspices peu favorables : sa diligence avait été attaquée par un bandit de grand chemin, Liberty Valance. Sans le secours du cow-boy Tom Doniphon, Stoddard n’aurait pas survécu à la cruauté de Valance. Rétabli, le jeune homme avait alors décidé de se venger uniquement par voies légales, mais il lui faudrait en apprendre beaucoup sur les moeurs de l’Ouest…

« La réalisation est d’une irréprochable qualité et témoigne de la part du cinéaste d’une maturité parvenue à son point d’équilibre. »
Gilbert Salachas

Télérama

14 octobre 1962

« L’Homme qui tua Liberty Valance : l’avocat, le cow-boy et le truand sonnent le glas de l’Amérique idéalisée du XIXe siècle
C’est la bonne nouvelle du jour. L’Homme qui tua Liberty Valance ressort en salles. C’est d’abord une bonne nouvelle, parce que le film s’était fait rare sur le grand écran, bloqué par l’impéritie de la Paramount qui se soucie assez peu, en général, de permettre aux grandes oeuvres de son patrimoine d’être à nouveau distribuées commercialement. C’est surtout une bonne nouvelle parce que le film n’est pas seulement un chef-d’oeuvre (un de plus) signé Ford, c’est aujourd’hui une pièce fondamentale de la culture américaine du XXe siècle, une méditation qui pense véritablement l’histoire de l’Amérique autant qu’un poème triste, à la mélancolie sombre.
Il faut imaginer l’orgueil superbe et têtu de Ford engageant, au printemps 1961, le grand chef opérateur William Clothier pour lui proposer de participer à un western en noir et blanc, et le même Ford résistant aux objurgations de ses producteurs qui exigeaient évidemment la couleur. Car en ce début des années 1960, en effet, Hollywood ne songe qu’à une chose, résister à la télévision, qui lui vole ses spectateurs.
Le western, genre qui tombe alors irrésistiblement en désuétude au cinéma, ne saurait être désormais qu’en couleurs, éventuellement monumental, s’ouvrir en écran large sur de grands espaces pour donner au public ce qu’il ne trouve pas dans la petite boîte située au milieu de son salon. Avec une lucidité qui sera celle d’autres grands artistes du cinéma américain à ce moment-là (Hitchcock, Hawks), Ford exige un minimalisme proprement télévisuel pour ce qui se révélera une forme de synthèse de son art. »
Jean-François Rauger

Le Monde

21 juin 2005

« Si l’on excepte un épisode de La Conquête de l’Ouest (How the West Was Won, 1963), tourné peu après par Ford, c’est le dernier western d’un homme qui en avait réalisé un grand nombre, au cours d’une quarantaine d’années. Le titre, délibérément sans originalité, se calque sur un schème banal, L’Homme qui…, L’Homme au… ; John Ford (1894-1973) se rattrape sur le nom, inattendu, de la victime, Liberty. C’est aussi un western réalisé après que, dans les années 1950, la critique a largement fait le point sur ce genre, et entamé son deuil. Cependant, tout indique que Ford tenait à ce film ; après avoir lui-même acheté les droits de la nouvelle de Dorothy Johnson, il s’engagea personnellement pour la moitié du budget de production. La critique française, qui à l’époque n’appréciait guère ce réalisateur jugé lourd et incurablement américain, passa à côté d’un film qui devait devenir le plus populaire de son auteur pour des jeunes gens moins nourris de westerns – tandis que La Prisonnière du désert (The Searchers, 1956) devenait le film de référence de plusieurs réalisateurs. »
J
acques AUMONT

« Dans ce moment de véritable drame, John Ford se surpasse et – à l’égal d’un Kurosawa (Rashomon), Mankiewicz (La Comtesse aux pieds nus) ou Kubrick (The Killing) – se met à jongler avec le temps, nous offrant en l’espace d’un quart d’heure une même scène de duel, apogée du film, sous deux angles de caméra opposés – soit deux perspectives totalement différentes sur la petite et la grande Histoire. En quelques plans, Ford montre alors qu’à 68 ans, il faudra encore compter sur lui. Le plus beau, c’est que le reste du film est à l’unisson : science du cadrage époustouflante tant dans les nombreuses scènes d’intérieur que lors du duel, photographie aux contrastes majestueux de William Clothier, musique bouleversante de Cyril Mockridge. Qu’on se le dise, à près de 70 ans, Ford est encore vert. »
Xavier Jamet

DVD Classik

8 février 2003