Rhone Alpes

Vandal

Hélier Cisterne - 2013 - France -

 

1h24 – format 1,85
avec Zinedine Benchenine, Chloé Lecerf, Emile Berling, Jean-Marc Barr, Brigitte Sy

Le film a été coproduit par

 

Chérif, 15 ans, est un adolescent rebelle et solitaire. Dépassée, sa mère décide de le placer chez son oncle et sa tante à Strasbourg où il doit reprendre son CAP maçonnerie. C’est sa dernière chance. Très vite, dans cette nouvelle vie, Chérif étouffe. Mais toutes les nuits, des graffeurs oeuvrent sur les murs de la ville. Un nouveau monde s’offre à lui…

« Je voulais faire le portrait d’un adolescent et incarner à travers lui l’expérience étrange et insolite de cet âge écartelé entre les univers familiaux, amicaux et amoureux que l’on sait être les espaces de toutes les confrontations. La scolarité aussi, qui est alors  tendue par l’angoisse des choix d’orientation et d’avenir. Loin de l’insouciance, cette période est pourtant encore traversée par des fantasmes et des aspirations qui subliment le quotidien. Je tenais à cette dimension romanesque et lyrique propre à l’adolescence que j’avais déjà abordée dans mes courts métrages. »

Hélier Cisterne
Fiche Rhône-Alpes Cinéma

 

« Pour qui aura été un peu attentif à l’actualité du court métrage français, le nom d’Hélier Cisterne n’est pas tout à fait étranger. Depuis près de dix ans, ce jeune trentenaire discret mais prolifique a tourné plusieurs clips et films courts, s’est fait peu à peu une réputation dans le réseau festivalier consacré au genre tout en espérant passer à l’épreuve fatidique du long métrage.

De cette attente, que l’on devine parfois douloureuse, Vandal porte tous les stigmates, les signes d’une patiente maturation et d’un désir de cinéaste enfin libéré. Témoignant d’une maîtrise impressionnante, d’une conscience de chaque détail, c’est aussi un premier film impulsif et frondeur – vandale, en effet. Il y est question d’un gamin désœuvré, Chérif, 15 ans et les problèmes qui vont avec son âge : l’asociabilité, la montée de fièvre sexuelle et mortifère, le rejet de l’autorité qui dérive en petite délinquance.

Lorsque le film s’ouvre, Chérif apprend qu’il est viré de son école et placé en dernier recours dans la famille de sa tante, à Strasbourg. Ici, il découvre un métier, renoue avec un père fuyant et s’initie au graff par l’intermédiaire d’un cousin dont il va intégrer la bande, lancée chaque nuit dans les rues de la ville. Le choix du street art, de ses rites et ses nombreux codes comme univers de référence est évidemment symbolique : c’est en revêtant les habits du graffeur, en apposant sa signature sur tous les murs que Chérif se révélera à lui-même, qu’il trouvera enfin l’exutoire à son vertige existentiel. Mais le milieu du graff offre surtout sa forme bipolaire au film, un récit d’initiation très singulier qui va et vient entre réalisme austère et accélération du désir, entre le surplace et l’emballement.

D’un côté, il y a donc le réel et ses pesanteurs : Chérif dans sa vie, ses journées de classe, ses relations amoureuses embarrassées, ses tiraillements identitaires entre un père arabe et une mère française “de souche”, autant de conflits à peine esquissés par le film, qui s’en tient à la plus stricte observation. De l’autre, il y a le monde marginal du street art : Chérif dans ses fantasmes, sa nouvelle identité de graffeur, vierge de tout marqueur social ou géographique, son goût du risque et de la vitesse qu’il consume chaque nuit avec la bande. C’est en mêlant ces deux registres a priori antagonistes, en croisant la fibre Pialat (celle de Passe ton bac d’abord) avec un imaginaire de teenage rebellion plus américain, que le film trouve sa vibration originale. Sans jamais s’appesantir, épousant une économie narrative proche au fond de la série B, Vandal parvient ainsi à incarner avec une rare acuité un environnement social et urbain, tout en ménageant son contrechamp fictionnel : des scènes de graff explosives, bruyantes, électriques, scandées par les hymnes rap d’une bande-son affolante.Une manière d’hybrider les genres qu’il applique également à son casting : autour de son héros Chérif, incarné par l’inconnu et admirable Zinedine Benchenine, Vandal convoque tout un réseau d’acteurs célèbres en figurants (Jean-Marc Barr, Marina Foïs ou Ramzy Bédia) et bouleverse l’habituelle répartition des rôles dans le cinéma français.

On pourrait certes dire qu’il s’agit là d’une intention un peu voyante, comme on pourrait reprocher au film son extrême application, sa manière de ne rien laisser au hasard, mais ce serait négliger l’impolitesse et l’élan fougueux que manifeste Hélier Cisterne, dont l’empathie est à chercher du côté des marges. Il faut ainsi voir sa manière de filmer les scènes de graff comme autant d’exploits collectifs, artistiques et politiques, des chorégraphies urbaines saisies dans un sentiment d’urgence exaltant. Et il faut entendre le dernier cri rageur de son héros moderne, Chérif, perché sur un toit d’immeuble où il vient d’imprimer son blase : seul, hors la loi, mais vivant.

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