Rhone Alpes

Les Yeux sans visage

Georges Franju - 1960 - France

1h28

Avec Pierre Brasseur, Alida Valli, Edith Scob
Version langue : français
Un éminent chirurgien et son assistante enlèvent des jeunes filles pour leur voler leur visage. Le professeur Génessier, en effet, pratique des greffes de peau et espère ainsi rendre un visage à Christiane, sa propre fille défigurée dans un accident de voiture dont il a été responsable. Recluse dans le manoir familial et morte aux yeux du monde, elle doit porter un masque blanc. Génessier a, par le passé, réussi cette opération sur Louise, son assistante, et pratique régulièrement ces greffes sur des chiens qu’il garde captifs. Chargée de repérer des filles dont le visage pourrait convenir, Louise attire Edna, une étudiante à la recherche d’une chambre. L’opération est d’abord un succès mais très vite, les tissus de la peau se dégradent, mettant Christiane au supplice. Edna se tue en se jetant par la fenêtre. Seule et désespérée, Christiane ne peut s’empêcher d’appeler son ancien amoureux au téléphone et de prononcer son nom. Surpris de l’entendre, il parle à la police. Mais celle-ci, malgré l’apparente perspicacité de ses enquêteurs, ne voit rien. Alors qu’une autre jeune fille, Paulette, a été séquestrée en vue d’une nouvelle opération, Christiane décide de rompre ce cycle infernal en tuant Louise et en lâchant les chiens sur son père avant de s’éloigner dans la forêt enténébrée, entourée de colombes.

Les Yeux sans visage compte parmi les rares incursions géniales, du moins marquantes, du cinéma français dans le registre du fantastique, et plus précisément de l’épouvante. Le film est contemporain des séries B européennes qui ont illustré des sujets proches (les contes gothiques de Freda, Bava et Ferroni en Italie ; les productions de la Hammer en Grande-Bretagne ; L’Horrible Docteur Orloff de Jess Franco, en Espagne). Mais le chef-d’œuvre de Franju se distingue de ces titres d’excellente qualité. Le cinéaste ne cachait pas son aversion pour le cinéma fantastique traditionnel ou ses nouvelles déclinaisons référentielles. Artiste solitaire, pessimiste et obsessionnel, Franju se réclame d’un courant onirique dont il serait le seul représentant, héritier du réalisme poétique d’avant-guerre mais aussi du surréalisme.

La froideur descriptive des scènes d’opération, cauchemardesques, le jeu atone des comédiens (même Pierre Brasseur fait preuve d’une violence intériorisée), la tristesse inexpressive du masque que porte la frêle Edith Scob, la précision glaçante de la mise en scène et de la photographie en noir et blanc débouchent sur une vision désespérée de l’humanité. Seule surnage la pureté souillée d’une jeune fille privée de visage, entourée d’animaux bienveillants, comme un résidu d’innocence dans un monde atroce.”

Olivier Père
Les Inrocks
8 Aout 2006