Rhone Alpes

Rêves d'or

Diego Quemada-Diez - 2013 - Mexique

1h48
avec Brandon Lopez, Karen Martinez Pineda et Rodolfo Dominguez

Version langue : espagnol (vost)

À Guatemala City, Juan, Samuel et Sara, travestie en homme, se préparent à émigrer clandestinement aux États-Unis. À la frontière mexicaine, ils rencontrent Chauk, Indien tzotzil qui tente de s’intégrer au groupe. Les quatre adolescents embarquent à bord d’un train en marche. Dans un village, ils donnent un spectacle, déjeunent et se font prendre en photo. La police les arrête et les renvoie au Guatemala. Les jeunes tentent à nouveau leur chance – excepté Samuel qui reste au pays. Leur train est arrêté par des militaires. Paniqués, ils courent pour échapper aux autorités. Un agriculteur les cache chez lui et les embauche pour couper la canne à sucre. Sara et Chauk sont de plus en plus proches mais, après une fête, Sara passe la nuit avec Juan. Les jeunes repartent. Le train est arrêté par des hommes armés qui font monter les femmes dans une camionnette. Ils kidnappent Sara dont la supercherie est découverte. Juan et Chauk tentent d’intervenir mais sont blessés. Chauk reprend conscience et soigne Juan. À Arriaga les deux garçons reçoivent l’aide d’un prêtre. Dans le train pour Mexicali, un adolescent leur propose du travail. C’est un guet-apens ; le chef du gang qui les retient, Vitamina, exige un numéro de téléphone aux États-Unis. Juan étant originaire de Guatemala zone 3 comme lui, il le libère. Après réflexion, Juan revient sur ses pas et donne tout son
argent pour sauver Chauk. À Mexicali. guidés par des passeurs, les adolescents traversent la frontière mais, de l’autre côté, les « coyotes » les abandonnent. Juan et Chauk continuent à pieds à travers champs. Chauk est abattu par un sniper. Juan s’enfuit. En ville, il trouve un travail dans une entreprise de conditionnement de viande. Dans la nuit, il marche sous la neige et regarde les flocons virevolter.
“Fuyant le Sud, ils quittent tout et risquent tout pour gagner les Etats-Unis. Pour son premier film, l’Espagnol Diego Quemada-Díez, installé au Mexique, s’est inspiré de témoignages de migrants. Ancien assistant de Ken Loach, il semble proche du documentaire. Mais il sait utiliser, aussi, les outils de la fiction, la dramaturgie. Un mélange qui fait de Rêves d’or un film d’une force étonnante.

On y suit trois adolescents qui, partis du Guatemala, espèrent aller jusqu’à Los Angeles, en marchant à n’en plus finir, en s’embarquant sur des trains de marchandises. Deux garçons et une fille auxquels on s’attache vite. Ils ne sont jamais les porte-parole d’une réalité économique, qui semble, d’ailleurs, les laisser indifférents, même si elle les jette sur les routes. C’est leur jeunesse qui est montrée, une légèreté qui les accompagne quand ils s’amusent à marcher sur les rails comme des équilibristes sur une corde. Le monde s’ouvre à eux et semble presque donner raison à leur projet : trouver, enfin, une vie de rêve.

A cet élan magnifique, le réalisateur confronte une réalité dont la dureté s’affirme inexorablement. La fuite en avant devient voyage sans retour. Au coeur de paysages écrasants, la solitude et la fragilité des adolescents sont toujours plus visibles. Ils entrent dans un parcours qui fait d’eux des clandestins. Des proies. Une condition inhumaine dont le film donne, peu à peu, toute la mesure. Avec une rigueur et une sensibilité si éclairantes qu’on a le sentiment de voir cela pour la première fois.”

Frédéric Strauss
Télérama
4 décembre 2013