Rhone Alpes

Snow Therapy

Ruben Östlund - 2015 - Suède, France -

 

1h48
avec Lisa Loven Kongsli, Johannes Kuhnke

 

Une famille suédoise passe quelques jours de vacances dans une station de sports d’hiver des Alpes françaises. Le soleil brille et les pistes sont magnifiques. Quand soudain, lors d’un déjeuner dans un restaurant d’altitude, une avalanche se déclenche. Les clients sont pris de panique. Ebba, la mère, appelle son mari Tomas à l’aide tout en essayant de protéger leurs enfants. Mais Tomas a pris la fuite… L’avalanche s’arrête in extremis, et la réalité reprend son cours.
Il n’y a aucun dommage visible et pourtant, l’univers familial est ébranlé : entrainant une réévaluation des rôles et des certitudes. Alors que la fin des vacances approche, Tomas tente désespérément de reprendre sa place de patriarche au sein de la famille.

Le film pourrait s’apparenter à un psychodrame, pourtant le cinéaste y injecte une grande dose d’humour, un sens du ridicule et aussi une poésie contemplative qui s’éloignent complètement du genre. La virtuosité de la mise en scène, l’excellence des acteurs, de l’écriture et l’atmosphère générale, soulignée par la photographie majestueuse, expliquent en grande partie pourquoi le long métrage a obtenu le Prix du Jury dans la section Un Certain Regard à Cannes et a été sélectionné pour représenter la Suède aux Oscars.

L’unité de lieu est un des grands atouts du film : tout se passe soit dans l’hôtel soit dans un environnement naturel blanc et immaculé. Cette épure rend les personnages face à eux mêmes, isolés, avec pour seule compagnie les autres touristes. Ceux-ci jouent aussi un rôle essentiel, notamment pour dédramatiser et apporter un peu d’humour. Ils portent à la fois un regard de spectateurs sur la crise du couple Tomas-Ebba mais eux mêmes sont aux prises des mêmes malentendus, scènes de ménage ou différences de points de vue, que ce soit la mère de famille qui se paie un jeune Américain de passage ou le couple d’amis norvégiens, Mats et Fanni. Les hommes et les femmes ne sont définitivement pas faits pour s’entendre. Querelles, ressassements, règlements de compte, insomnies, rien n’y fait. Le gel se durcit entre mari et femme. La sécurité patriarcale ne devient qu’un leurre dans cette société bien rangée. Au fur et à mesure, la neige devient d’ailleurs plus épaisse, jusqu’à ne plus être qu’un insondable brouillard. Il faudra alors que le père émerge de cette brume pour reprendre la place qui est la sienne dans le cadre familial. Il y a presque quelque chose de religieux dans cette mise à l’épreuve : l’avalanche serait le moment de grâce, et à partir de là tout ne sera que chemin de croix et étapes à franchir. Pourtant, l’approche d’Östlund semble plus anthropologique. C’est le comportement humain qui l’intéresse – comme dans ses films précédents d’ailleurs. Face à des moments de survie, quels peuvent être nos premiers réflexes ? Peut-on avouer une faute quand celle-ci semble impardonnable ? La lâcheté s’accompagne-t-elle toujours du mensonge ? La peur révèle-t-elle notre nature profonde ? Deux dynamiques s’opposent, celle de la femme qui pousse son mari à assumer et celle de l’homme qui s’enfonce dans la mauvaise foi pour éviter cette libération douloureuse qu’est la vérité jusqu’à un final qui peut laisser libre cours à diverses interprétations.

Maxime Lachaud
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28 janvier 2015

 

 Il y a dans Snow Therapy une relation plus intime aux personnages, notamment par votre utilisation du gros plan qui tranche radicalement avec la mise en scène de vos précédents films. Comment avez-vous abordé la mise en scène de Snow Therapy ?

« C’était difficile. C’était un challenge qui me faisait un peu peur. Dans mes précédents longs métrages, je filmais en indiquant à mes acteurs : « Tu es là, tu vas ici, tu prends ça » et c’était une façon très concrète, pratique de diriger. Cette fois-ci, le drame était dans les personnages, le conflit est émotionnel : c’est un film où rien n’est arrivé. Ca reste dans leurs têtes. Je me suis rapproché des personnages en observant les émotions sur leurs visages. Lorsque Lisa Loven (qui joue la mère, Ebba, ndlr) parle de l’avalanche et qu’elle pleure, c’est pour moi une scène clef. Généralement on se concentre sur un angle par jour et on ne bouge pas beaucoup. Quand on dirige 8 garçons en même temps comme dans Play, il y a beaucoup de choses à gérer. Ici, c’est différent. Lisa disait : « je veux la refaire, et la refaire autrement ! ». Jusqu’à la meilleure prise, qui a établi un niveau à atteindre pour les autres acteurs qui voulaient être à la hauteur. Avant, je me disais que le visage n’était pas si important à filmer. Je suis heureux d’avoir pu combiner le style « voyeur » comme dans Play tout en étant plus proche des personnages, avec une possibilité de s’identifier. Ce sont deux perspectives qui se complètent et s’approchent d’une vérité : cette combinaison d’un regard à la fois voyeur et émotionnel, avec un aller-retour de l’un à l’autre. »

Entretien réalisé le 15 décembre 2014 par Nicolas Bardot