Rhone Alpes

À l'Origine

Xavier Giannoli - 2008 - France -

Un récit ample pour un projet ambitieux
À l’Origine est un film qui partage avec son personnage principal le goût du risque. Il se caractérise par une amplitude narrative rare dans le cinéma français. Si la seconde version du film a été réduite par rapport à celle qui a étéprésentée au Festival de CannesCf. rubrique « Histoire et équipe du film », par Olivier Pélisson., le film affiche encore une durée de 130 minutes qui résiste au formatage pour déployer un récit hors norme. L’audace de Xavier Giannoli est celle d’un cinéaste-scénariste qui veut insuffler à son film un « élan romanesque »« Je voulais faire un film hors du commun, qui ait du souffle et une dimension épique. Un film qui ressemble à ce qu’a vécu cet homme, qui a fait un petit mensonge au départ, uniquement pour gagner un peu d’argent, et à l’arrivée, c’est devenu une aventure folle. Je voulais me jeter dans cette aventure. »Hélène Petit, « À l’Origine : “Je voulais faire un film hors du commun'' », in Le Figaro Magazine, 10 novembre 2009. L’ampleur du récit fait écho à la démesure de l’itinéraire du personnage, avec quatre mouvements narratifs qui vont crescendo et soutiennent la révolution du « héros » de Paul en Philippe Miller : le premier mouvement dessine le portrait du petit escroc sans envergure (séq. 0 à 11) ; le second décrit les premiers pas incertains de l’imposteur qui se lance dans l’inconnu (séq. 12 à 28) ; le troisième montre l’épanouissement de Philippe qui croit à son propre mensonge (séq. 29 à 40) et le dernier mouvement correspond au temps du sauvetage, où Philippe risque tout, y compris sa vie, pour aller au bout de l’aventure (séq. 41 à 62).

L’économie du récit, rythmée par l’alternance de mouvements courts et de mouvements longs, avec une accentuation du temps long dans la dernière partie, donne au film sa respiration, fondée sur une action contradictoire qui conduit finalement à une délivrance. La longue séquence centrale (séq. 28, « Fuite contrecarrée ») fonctionne comme une véritable césure qui sépare ces deux alternances en marquant le passage où Paul renonce à la fuite pour jouer pleinement le rôle qu’il usurpe, en prenant en main son destin. La structure du récit illustre ainsi parfaitement le dessein de Xavier Giannoli qui, s’inspirant d’une citation d’Albert Camus, déclare qu’il a vou « raconter l’histoire de quelqu’un qui s’empêche »Entretien de Xavier Giannoli, par Olivier Pélisson, in rubrique « Cinéaste et filmographie ».. Cette économie du récit, et notamment la dilatation de la dernière partie, désigne également une dimension épique caractéristique du cinéma hollywoodien, dont les formes narratives sont elles-mêmes fondées sur la littérature occidentale et en particulier sur celles du roman européen du XIXe siècle. Depuis son titre, « À l’Origine », jusqu’à son dénouement, où Philippe plante son drapeau et fait face à la police et au lever du soleil, le film renoue avec une mythologie américaine qui s’ancre dans le genre du western : il est centré sur le destin d’un personnage conquérant, un découvreur du monde, qui est capable de fédérer autour de lui les bonnes volontés pour « défricher une terre »Cf. rubrique « Acteurs et personnages », par Nedjma Moussaoui.. Le scénario, porté par l’idée de reprendre un chantier qui a été abandonné, est ostensiblement construit sur le thème de laseconde chance (cf. séq. 19), une « thématique classique des films hollywoodiens : l’Amérique reste avant tout le pays de la deuxième chance », mais il s’écarte de l’horizon du récit policier, vers lequel le fait divers dont s’inspire le film pouvait l’orienter, pour privilégier le récit d’aventure. Le choix, rare dans le cinéma français contemporain, du cinémascope participe à ancrer le film dans cette référence américaine :  la dimension spectaculaire de l’espace répond ici à l’ambition du projet qui est au coeur du récitCf. « Entre horizontalité et verticalité », par Nedjma Moussaoui, in rubrique « Mise en scène ».. Ce dernier s’inscrit aussi dans la lignée du cinéma « exubérant » des années 1970, avec ses héros ambigus et complexes, dont l’entreprise confine à la folie, une référence revendiquée par Giannoli qui évoque notamment L’homme qui voulut être roi, de John Huston (1975), et affirme : « À l’Origine était une entreprise délirante mais qui s’inscrivait dans une volonté que l’on ressente aussi l’influence de films des années 1970 comme ceux de Michael Cimino, Werner Herzog ou Coppola. Ces films qu’on est allé chercher au fond de la jungle »Entretien de Xavier Giannoli, par Olivier Pélisson, in rubrique « Cinéaste et filmographie ».. Dans À l’Origine, l’hubris du personnage répond à celle de l’auteur de cinéma : elle fonde le souffle épique qui traverse le récit.

Épaisseur fictionnelle
L’amplitude du récit s’appuie sur une épaisseur fictionnelle qui permet un déploiement du sens grâce à la fable, la mise en abyme et la densité narrative. « La teneur à la fois concrète, abstraite et symbolique » Serge Kaganski, « À l’Origine », in Les Inrockuptibles, n° 728, 11 novembre 2009. du récit dépasse le fait divers pour tendre vers la fable. Le titre, « À l’Origine », avec la majuscule au substantif, désigne d’emblée une dimension mythologique que le film relie à un symbole : Philippe explique à la CGI qu’« à l’origine, il y a eu un problème avec un scarabée » (séq. 61).

Ce motif du scarabée traverse tout le récit : s’il désigne d’abord concrètement l’insecte protégé par les écologistes et responsable de l’arrêt du premier chantier, il acquiert une valeur symbolique lorsque Philippe explique à Stéphane qu’on enterrait les pharaons avec un scarabée sur la poitrine (séq. 36). Pour les Égyptiens, l’insecte, lié à l’image du soleil, symbolisait en effet la résurrection. Mais, chez les Mayas, il , p. 851.” type=”classic” ]« apparaît comme la boue de la terre au sens matériel et moral du terme ». Le récit joue de cette polysémie du symbole pour tenter d’appréhender le fait divers : l’itinéraire du personnage principal peut être lu comme la renaissance d’un individu qui, via la tromperie, trouve une voie pour advenir à soi et aux autres, mais il apparaît aussi comme la fuite en avant d’un homme qui finit par s’embourber (cf. séq. 51), rattrapé par la malédiction du scarabée (cf. séq. 41 et 45). Les cartons de la fin disent la difficulté à tirer la morale de cette fable : le personnage relève à la fois du mystificateur et du sauveur et le récit inspiré du fait divers devient la parabole d’une crise actuelle à la fois économique et morale. La seconde version du film conforte la fable en soulignant la valeur universelle du récit : Giannoli soustrait de son film « les motivations du personnage, son passé, ses racines » pour faire de lui un individu « surgi de nulle part » et donc « plus propice à l’identification »Propos cités par Olivier Delcroix, in : « À l’Origine : fabuleux western sociologique », in Le Figaro, 10 novembre 2009..

À l’Origine est aussi l’histoire d’un personnage qui crée une fiction pour en devenir l’acteur principal.Cf. « Le créateur », par Nedjma Moussaoui, in rubrique « Éclairages et perspectives ». Il y est question de l’art de construire une illusion et de la valeur de cette dernière : « Très vite, en écrivant le scénario, j’ai senti le potentiel de folie et de poésie. Et j’ai identifié un autre thème, celui de l’illusion »Propos cités par Olivier Delcroix, in : « À l’Origine : fabuleux western sociologique », in Le Figaro, 10 novembre 2009., explique Giannoli. Le désir de fiction de Paul est partagé par les habitants de la commune qui ont envie d’y croire. Il faut prendre au sérieux le fait que « tous se font leur cinéma » parce que l’art de l’illusion ouvre un espace imaginaire et libérateur qui permet aussi d’appréhender le monde et d’avoir l’énergie pour agir. Le mensonge de Paul se transforme ainsi en utopie : c’est une représentation « irréelle » qui apparaît comme un moyen d’agir sur le réel. Si elle est dangereuse, elle est porteuse d’une vérité qui a valeur politique, suggérant que le « vivre ensemble » (séq. 28)  advient quand l’individu dépasse son égoïsme.

La densité narrative du film tient à un récit qui relie systématiquement l’action de Philippe à la vie des autres personnages : ce procédé participe d’une dimension à la fois épique et réaliste. Le scénario construit un véritable maillage qui permet d’enchevêtrer les vies, les lieux et les temporalités, créant une dynamique fondée sur la circulation. Un des outils scénaristiques utilisés à cette fin est le téléphone : les appels, présents dès le début du film mais centrés uniquement sur Paul dans la première partie (séq. 1, 3, 7), se font ensuite nombreux, multipliant les « pendant que », avec des échanges téléphoniques qui donnent à voir les différents interlocuteurs (Louis, Stéphane, le banquier, Abel, la CGI) en mettant en miroir leurs espaces respectifs (séq. 25, 28, 35, 36, 41-42, 46, 53, 54, 59). Un autre principe consiste à varier les configurations : Monika et Nicolas sont vus ensemble (séq. 7, 11, 55), dans des situations simultanées (séq. 16, 49), successives (séq. 17, 24, 60), en tête-à-tête avec Philippe (séq. 9, 21, 26, 28, 31, 37) ou selon un système d’allées et venues qui place Philippe entre eux (séq. 7, 55). Giannoli joue aussi de la tension entre représentation individuelle et collective, vie privée et vie publique, en laissant évoluer des personnages qui se croisent dans des manifestations festives (séq. 7, 19, 29, 38). Ce procédé, caractéristique  du réalisme social, relie le destin de l’individu à celui de la société : il a une valeur descriptive et soutient le portrait d’une région sinistrée. Enfin, Giannoli superpose les temporalités et fait se chevaucher présent, passé et futur (séq. 14, 19 et 60). Le procédé participe d’une dilatation temporelle qui soutient la dimension épique mais il induit également un déterminisme narratif qui tend vers le tragique : les temps se confondent et se neutralisent.

Nedjma Moussaoui

Découpage séquentiel

Séquence 0
00’00’’ Générique de début
Générique, lettrage blanc sur fond noir [production, apparition du titre, réalisateur], entrecoupé par un plan de Paul qui consulte une carte routière dans sa voiture, puis clos par un dernier carton [« Inspiré d’une histoire vraie »].

Séquence 1
00’57’’ Un système rodé
Paul appelle la société CGI qui gère le chantier d’un hypermarché, s’enquiert du nom du responsable de la logistique, un certain Philippe Miller, puis se fait passer pour lui pour « emprunter » un tachéomètre chez un fournisseur. Il vole une fourgonnette blanche qu’il habille grossièrement du logo de la CGI et va récupérer l’objet.

Séquence 2
03’05’’ Paul et Abel
Paul se rend au dépôt d’Abel, un receleur, et lui vend le matériel volé. Pendant qu’Abel trafique avec d’autres à l’extérieur, Paul lui vole de l’argent, une arme, des fausses fiches de paie et s’enfuit avec sa voiture.

Séquence 3
04’16’’ Un chantier pas comme les autres
Paul s’arrête dans un hôtel, repasse les billets volés, enfile une veste de signalisation et part repérer un nouveau chantier : il répète son arnaque habituelle. Il quitte l’hôtel en embarquant le téléviseur de la chambre. De nouveau sur la route, il découvre un chantier d’autoroute à l’abandon. Le panneau de chantier indique que la société CGI gérait les travaux. Un scarabée a été dessiné dessus.

Séquence 4
06’14’’ Philippe, Monika et Nicolas
Une employée d’hôtel, Monika, montre sa chambre à Paul. Elle lui apprend que les écologistes ont fait interrompre le chantier pour protéger une espèce de scarabées. Elle demande s’il est de la CGI, il acquiesce. Un homme de chez eux est déjà passé, il y a un an mais sans résultat. Le patron de l’hôtel questionne Monika sur cette seconde visite. Paul, intrigué par une alarme de voiture, surprend un jeune (Nicolas) en train de fouiller sa voiture. Il le couvre.

Séquence 5
08’41’’ Une visite inattendue
Le lendemain matin, les gendarmes constatent les vols de la nuit. On fait appeler Philippe dans sa chambre. Pensant que ce sont des policiers, il essaie de fuir, mais on lui présente les patrons d’une entreprise locale d’outillage. Prévenus par le propriétaire de l’hôtel de sa venue, les deux hommes lui proposent une commission personnelle en cas de reprise des travaux. Philippe dit qu’il est de passage, le temps de faire un état des lieux.

Séquence 6
13’06’’ Reconnaissance du terrain
Philippe se rend sur le chantier à l’abandon. Des scarabées sont dessinés partout. Il en ramasse un, mort.

Séquence 7
14’13’’ Fête communale
Lors du défilé de majorettes, Philippe aperçoit Monika et Nicolas ensemble, avec un petit garçon. Au café, Monika lui propose de boire un verre. Nicolas arrive. Elle lui présente Philippe et part un moment avec son fils. Philippe veut récupérer des objets volés dans sa voiture. Nicolas a repéré les fausses cartes de téléphone. Il a des soupçons sur ses activités, mais tient à lui offrir le café. Philippe appelle les fournisseurs et convient d’un rendez-vous le lendemain matin pour récupérer l’argent promis avant son départ. La maire, Stéphane, présente la tombola et le défilé des enfants. Elle vient saluer Philippe, « attendu comme le Messie » dans la commune sinistrée.

Séquence 8
19’30’’ Conseil municipal improvisé
La maire et les acteurs locaux questionnent Philippe sur les intentions de sa société. Pris de court, il bafouille. Quand ils évoquent l’état actuel du chantier et proposent qu’il porte les plans à la CGI, il s’éclipse brusquement. Derrière la porte, il reprend ses esprits, mais les entend douter de sa compétence et le traiter de « pauvre type ».

Séquence 9
22’18’’ Tenter sa chance
À l’hôtel, Monika aide Philippe à préparer ses affaires. Elle lui remet « en douce » un CV, en cas de recrutement dans la région. Philippe s’étonne : elle a étudié trois ans. Mais cela l’a endettée et elle enchaîne les petits boulots.

Séquence 10
23’41’’ Premier dessous de table
Sur un parking, Philippe récupère une partie de la commission promise, 20 000 € en liquide. Un des fournisseurs s’excuse pour ce qui s’est passé à la mairie et explique que les gens du coin ont souffert. Ils lui remettent les coordonnées d’un ami entrepreneur avec qui il pourra aussi « s’arranger ». Seul, Philippe palpe le tas de billets.

Séquence 11
24’44’’ « Billet » d’adieu
Philippe a laissé une enveloppe pour Monika, un billet de 100 €. Nicolas croit qu’elle a couché avec lui. Elle dit qu’il n’a pas eu à payer sa chambre et, vexée, ajoute que les gens ne sont pas tous pourris. Nicolas reste sceptique.

Séquence 12
25’35’’ Réaction (1)
Philippe entre dans la mairie et s’en prend à Stéphane : elle et les autres se sont permis de le juger, de le traiter de « pauvre type ». Il l’attaque personnellement, la renvoyant à son statut de femme seule, et repart aussi sec.

Séquence 13
26’31’’ La galère de Monika
Tard le soir, Monika rentre en bus du travail. Elle récupère son fils chez sa voisine, Corinne, et apprend que Nicolas n’est pas rentré. Corinne lui tient compagnie. Monika a peur pour Nicolas qui se fait de l’argent en dealant. Pour Corinne, la construction de l’autoroute leur permettra de quitter cet endroit. Elles trinquent aux autoroutes.

Séquence 14
27’39’’ Un début bricolé
Philippe repasse ses billets. Chez l’entreprise d’outillage Legrand, il expose le projet. Il faut une « base » pour préparer le chantier. Legrand corrige en parlant de « plate-forme » pour stocker. Interrogé sur ses liens exacts avec la CGI, Philippe dit être à la tête d’une de leurs filiales, la GMTR. En parallèle, on le voit bricoler papier à en-tête et cartes de visite à partir de catalogues, avant de les abîmer en les arrosant. Quand Legrand veut le planning des travaux pour évaluer les besoins, Philippe réclame leurs propres estimations. Quand il demande sa carte de visite, il montre son matériel dégradé : pas de souci, l’imprimeur local va tout refaire, il voudra aussi travailler avec lui.

Séquence 15
30’15’’ Découverte des locaux
Stéphane montre à Philippe le hangar abandonné d’une entreprise d’emballage. Elle s’occupe de l’électricité et de l’assurance et promet de l’aide pour déblayer. Philippe, étonné, apprend que la commune a connu de nombreuses délocalisations. Elle dit qu’elle n’a pas pu le joindre au téléphone. Il explique qu’il a peu à voir avec le siège. Elle lui demande de privilégier les entreprises locales et estime que son installation à proximité rassurera tout le monde.

Séquence 16
32’46’’ Effervescence de l’installation
Tout le monde aide à l’installation des bureaux. Le patron de l’agence d’intérim locale négocie les recrutements moyennant commission. Le premier versement des salaires est fixé à 90 jours. Au café, Monika annonce les offres d’emploi. Sur un parking, Nicolas informe ses jeunes « clients ». Monika réceptionne les imprimés de la GMTR et établit déjà des contrats. Seul à son bureau, Philippe s’exerce pour sa nouvelle signature. Monika lui fait recruter une ex-secrétaire commerciale. Il engrange les commissions et amasse l’argent dans le coffre-fort de sa chambre.

Séquence 17
35’56’’ Première inquiétude
Monika a besoin des chéquiers d’entreprise. Philippe répond qu’ils vont arriver. Elle voudrait une avance sur salaire. Il lui dit de s’adresser à l’agence d’intérim puis lui donne de l’argent liquide. Nicolas fait le chauffeur.

Séquence 18
36’33’’ Philippe et Louis
Sur le futur lieu des travaux, Louis, le chef de chantier, vient rencontrer Philippe qui ne réagit pas à ses propositions. Il ne connaît pas la GMTR. Philippe explique qu’il a surtout travaillé à l’étranger.

Séquence 19
37’32’’ Seconde chance
Dans les bureaux, tout le monde s’active pour préparer un pot. Dehors, les engins traversent la ville sous les applaudissements. Arrivés sur le chantier, ils font la ronde autour de Philippe qui semble déboussolé. Dans les bureaux, tous l’applaudissent et réclament un discours. Il les remercie puis reste coi. Stéphane prend le relais : elle le remercie à son tour pour cette seconde chance qui ouvre sur un avenir meilleur. Il est mal à l’aise.

Séquence 20
40’29’’ Philippe et Stéphane : vers l’inconnu
Stéphane rejoint Philippe qui s’est réfugié dans son bureau et observe les plans des travaux.
Il dit ne pas avoir le don des hommes politiques pour les discours. Elle lui fait remarquer qu’elle est une femme. Gêné, Philippe lui décrit les phases du chantier. Elle s’enquiert du nombre de gens recrutés. Satisfaite, elle désigne une carte du monde et évoque les anciennes cartes de navigation où une séparation désignait l’entrée dans les territoires inconnus.

Séquence 21
42’57’’ Sans famille
Le soir, Monika fait signer des papiers à Philippe. Elle lui demande s’il a une famille. Il a un fils et une ex-femme, mais n’a plus de lien avec eux. Il semble perturbé par ces questions personnelles. Monika n’insiste pas.

Séquence 22
Première matinée, premier incident
Sous la direction de Louis, les ouvriers attaquent les travaux alors que la météo est mauvaise. Philippe arrive sur le chantier. Louis l’informe qu’il manque d’ouvriers. Il a demandé à Monika d’engager d’autres gars. Il évoque le risque de pluie et propose de s’organiser en conséquence. Philippe acquiesce. Un engin accroche une canalisation. Louis gère la situation, tandis que Philippe s’éloigne et repart en voiture. Nicolas observe le chantier.

Séquence 23
46’45’’ Paralysie Philippe s’est réfugié dans son bureau. Il reste assis seul, immobile.

Séquence 24
46’54’’ Pause déjeuner
Monika et Louis interpellent Philippe : il doit signer le bon de commande pour les pompes à eau et le planning est à revoir. Elle demande des nouvelles des chéquiers car les petits fournisseurs ne peuvent pas attendre 90 jours. Elle lui propose de manger avec l’équipe mais il prétexte un rendez-vous et déjeune seul à la cafétéria.
Après le repas, Louis questionne Monika, étonné de n’avoir aucune nouvelle de la CGI et de la DDE. Nicolas parle avec lui de la possibilité d’un stage. À la cafétéria, Philippe consulte des catalogues et sa carte routière.

Séquence 25
48’40’’ Louis face à l’inondation
Sur le terrain, Louis et les ouvriers s’activent pour stopper une inondation, tandis que Philippe erre dans un centre commercial. Louis l’appelle : ils ont eu un problème avec un château d’eau, ça fera deux jours de perdus. Il propose de faire une dérivation, Philippe, perplexe, se conforme à son avis.

Séquence 26
49’42’’ Monika tient la barre
Le soir, Philippe récupère Monika et l’emmène en voiture au centre commercial, où elle travaille jusqu’à minuit comme vendeuse. Elle lui annonce que tous les fournisseurs ont accepté l’échéance des 90 jours, il ne doit donc rien avant le 28 novembre. Elle a décidé d’arrêter ce deuxième job à la fin du mois, ce qui inquiète Philippe. Elle espère que Nicolas obtiendra son stage et propose à Philippe de les appeler s’il se sent seul. Dans sa chambre, Philippe inscrit en rouge le nombre « 28 » sur le plan de construction de l’autoroute.

Séquence 27
51’21’’ Philippe et Stéphane : s’engager dans l’aventure ?
Philippe vient voir Stéphane qui finit de célébrer un mariage. Ils se promènent. Elle s’étonne qu’il reste là même le week-end. Elle n’est pas de la région, elle a suivi son mari qui était maire de la ville. Après sa mort, elle a repris la mairie. Sa fille étudie loin d’ici. Philippe noie le poisson sur sa vie personnelle. Elle le mène à une église enfouie dans les bois et lui montre un beau vitrail, qu’elle veut conserver et qui l’intrigue.
Philippe demande qui paie. Il lui propose d’aller faire un bowling. Elle rit, elle n’a jamais rencontré quelqu’un comme lui. Chez elle, ils s’étreignent mais Philippe recule soudain et part. Seul dans sa voiture, il reprend son souffle puis murmure : « Tout est faux. »

Séquence 28
56’42’’ Fuite contrecarrée
Après un nouvel incident sur le chantier, la situation est sérieuse et Philippe est pressé par Louis de prendre ses responsabilités. Il vide alors son coffre-fort et prend la fuite. Stéphane l’appelle, il ne décroche pas. Sur la route, Nicolas en panne fait signe. Philippe l’ignore puis s’arrête. Dans la voiture, Nicolas remarque le sac avec l’argent et l’arme. Au café, il parle du pouvoir de Philippe de changer leur vie. Il évoque l’histoire difficile de

Monika et son père qui le dévalorisait, puis signifie qu’il connaît depuis le début ses magouilles. Philippe lui propose de l’argent, mais Nicolas exige qu’il reste pour qu’ils « vivent un truc ensemble ». Monika et lui veulent un enfant.

Séquence 29
1h02’06’’ Retour en force
Lors de la finale d’un tournoi de handball qui réunit tous les habitants, Philippe est congratulé et applaudi aux côtés des maires des communes et du sponsor, le banquier local : il est « l’homme providentiel ». Il retrouve Stéphane dans le couloir et s’excuse. Nicolas se fait exclure du match sous le regard désolé de Louis et de Monika.

Séquence 30
1h05’27’’ Relation à deux
Dans sa chambre d’hôtel, Philippe et Stéphane font l’amour. Selon elle, il a vécu trop longtemps seul. Philippe constate qu’il a perdu beaucoup de temps. Pendant qu’elle dort, il scrute le plan de construction affiché au mur.

Séquence 31
1h06’41’’ Réaction (2)
Philippe arrive au bureau ; Monika, agacée, le relance sur le problème des chéquiers : les fournisseurs ne veulent plus de bons de commande, les rumeurs circulent, les gens ont peur. Philippe dit qu’il ne les laissera pas tomber. Il cherche Nicolas. Monika répond qu’il n’est pas rentré de la nuit mais refuse son aide. Resté seul, Philippe tape des mains sur la table et saisit son téléphone.

Séquence 32
1h07’23’’ Un banquier à la rescousse
Le banquier rend visite à Philippe qui travaille sur le chantier et s’interrompt pour lui décrire les travaux. Ils discutent ensuite dans son bureau. Le banquier s’étonne qu’il fasse appel à sa petite agence rurale. Philippe évoque un simple souci de chéquier qui l’empêche de régler les dépenses courantes. Le banquier trouve « excitant de faire partie de la grande aventure ». Il accepte un crédit sur factures sur une échéance de deux mois.

Séquence 42
1h23’59’’ Désillusion du banquier
À l’autre bout du fil, le banquier, énervé. Si Philippe ne régularise pas la situation, il devra informer sa hiérarchie. Il se sent trahi. Il honore malgré tout encore deux chèques et dit à son employée qu’il a « cru en ce type ».

Séquence 43
1h24’38’’ Traqué
Dans sa chambre d’hôtel, Philippe compose le numéro de portable noté sur l’article et entend sa propre voix donnant les ordres à ses gars sur le chantier. Il brûle alors l’article de presse et arme son révolver.

Séquence 44
1h25’29’’ Saccage
Le lendemain matin, c’est la stupeur : les locaux ont été saccagés, l’argent de la caisse a été volé. Monika ne comprend pas et s’inquiète de ne pouvoir faire son travail. Les gendarmes constatent les dégâts. Ils aperçoivent Nicolas et le soupçonnent, mais Philippe le disculpe. Stéphane aide Philippe à remettre en ordre son bureau. Elle s’étonne qu’il refuse de porter plainte. Nerveux, il dit qu’il n’a plus le temps. Elle sent qu’il cache quelque chose.

Séquence 45
1h27’39’’ « Retrouvailles »
Abel rend visite à Philippe à son bureau. Il joue l’étonnement devant les dégradations et ironise sur le titre de « grand patron des travaux » que les habitants lui donnent. Il rappelle à Philippe qu’il l’a volé et veut savoir combien il s’est fait avec cette affaire. Philippe dit ne pas agir pour l’argent et reste muet quand Abel demande ce qui l’a motivé. Il préférerait mourir plutôt que de le laisser anéantir son projet. Abel répond qu’il est en train de le tuer et dépose sur son bureau un scarabée pris sur son chantier. Seul, Philippe s’écroule en pleurs.

Séquence 46
1h30’47’’ Parer à l’urgence
Philippe prend de l’argent dans son coffre et file acheter du matériel informatique. Louis appelle : la pluie menace et il n’a plus de carburant. Philippe retourne à son coffre et va acheter du gazole. Il appelle Monika pour savoir ce qui reste à régler en urgence. Il distribue de l’argent liquide pour gagner du temps. Le coffre vide, il vend sa voiture, dépose 10 000 € à la banque et pique une colère face à l’insatisfaction du banquier. Il n’a plus le temps.

Séquence 47
1h32’59’’ Monika face au doute
À la laverie, l’employée de banque dit à Monika que la CGI semble ignorer la reprise des travaux. Son patron a peur d’avoir des comptes à rendre. Elle apprend qu’ils n’ont pas porté plainte et s’étonne que Philippe ait pu tout racheter sans chéquier. Monika préfère ne pas savoir, elle a peur de retomber dans sa situation précaire.

Séquence 48
1h33’51’’ Incompréhension
Dans sa chambre d’hôtel, Abel examine les plans de construction de l’autoroute puis les jette par terre.

Séquence 49
1h34’12’’ En quête de vérité
La nuit, Monika fouille le bureau de Philippe. Elle découvre des catalogues découpés et une feuille qui attire son attention. Au café, Nicolas abandonne ses copains pour aller bosser de nuit. Chez elle, Monika, effondrée, regarde la feuille où Philippe s’est entraîné pour sa fausse signature.

Séquence 50
1h35’23’’ Chantage
Philippe rejoint Abel à la cafétéria et lui remet les 10 000 € qui lui restent. Abel lui prédit la prison et lui laisse deux jours avant de révéler la supercherie à Stéphane. En partant, il le projette au sol. Sur le parking du magasin, Stéphane voit Philippe abattu qui rejoint sa voiture et s’effondre sur son volant.

Séquence 51
1h37’21’’ Embourbé
Sous la pluie, Philippe et ses gars tentent de désembourber une voiture. Nicolas voit Philippe défaillir et le soutient jusqu’à la voiture. Philippe n’est pas fier de sa vie passée, il veut à tout prix finir ce travail. Au conseil municipal, Stéphane le défend contre les rumeurs d’escroquerie. Sous la pluie battante, il s’acharne à encourager ses gars qui, eux, se sont abrités. Il s’écroule dans la boue. Nicolas essaie de le relever sans y parvenir.

Séquence 52
1h39’59’’ Jeter le masque
Chez Stéphane, Philippe rentre du travail. Il pense pouvoir finir la route le lendemain. Stéphane veut la vérité. Il dit qu’il ne peut plus abandonner. Elle est choquée, elle comprend que rien n’est vrai et refuse qu’il la touche.

Séquence 53
1h41’45’’ Règlement de compte
Au café, Nicolas questionne Abel sur Philippe. Au téléphone, ce dernier donne rendez-vous à Abel. Le receleur veut de la drogue, mais Nicolas lui dit qu’il s’est trompé de porte. Devant la sucrerie, Philippe attend. Abel percute sa voiture et l’agresse mais Philippe lui tire dessus et le blesse. Il menace de l’achever et lui reprend son argent.

Séquence 54
1h44’28’’ Coup de fil avorté
Stéphane appelle les gendarmes pour dénoncer Philippe puis raccroche.

Séquence 55
1h45’02’’ Réconfort
Inquiets, Nicolas et Monika entrent dans la chambre d’hôtel de Philippe et le trouvent étalé sur le lit. Il a pris des tranquillisants. Monika va chercher du café et Nicolas lui dit qu’il a vu Abel partir. Monika le presse d’aller sur le chantier : on a besoin de lui. Ils lui annoncent qu’ils attendent un enfant. Il est le premier à savoir. Philippe est ému.

Séquence 56
1h47’12’’ Bière pour tous
Philippe offre un coup à ses gars : malgré les rumeurs, ils seront payés à la fin de la semaine. Il faut finir le travail. Restés seuls, les ouvriers oscillent entre doutes et confiance en lui.

Séquence 57
1h47’58’’ Alerte à la CGI
Au siège de la CGI, on découvre des factures d’une société inconnue, la GMTR, signées par un certain Ph.Miller.

Séquence 58
1h47’58’’ Menace du ciel
Au bureau, Philippe, Louis et Gaby réfléchissent à une stratégie pour finir, mais la météo menace leurs efforts.

Séquence 59
1h49’09’’ Mauvaise surprise
La CGI laisse un message sur le répondeur de la société Legrand à propos de la GMTR, inconnue chez eux. Ils reçoivent d’autres factures… Philippe et Louis scrutent le chantier. Legrand rappelle la CGI : il est abasourdi.

Séquence 60
1h50’26’’ Utopie ou réalité ?
Monika angoisse : elle a en main les derniers salaires et les impayés reviendront lundi, mais, selon Philippe, tout sera fini lundi. Sur le chantier, il distribue les enveloppes et annonce à Nicolas qu’il devra conduire une pelleteuse le soir. Legrand arrive et évoque des « travaux qui n’existent pas ». Philippe répond que, dans ce cas, lui non plus n’existe pas. Au déjeuner, Legrand insiste. Philippe rétorque qu’ils finiront cette nuit s’il ne pleut pas et joue la provoque en proposant de tout arrêter. Nicolas demande alors aux gars qui veut continuer. Tous suivent.

Séquence 61
1h52’44’’ Risquer le tout pour le tout
On voit en parallèle la visite de Philippe au siège de la CGI l’après-midi et la dernière nuit de travaux qui suit cette visite. 1) Philippe explique à un cadre de la CGI qu’un problème de scarabée est à l’origine de l’histoire ; perplexe, ce dernier comprend qu’il a construit une parcelle d’autoroute qui sera finie cette nuit s’il ne pleut pas mais qui ne mène nulle part ; Philippe leur demande de sauver son équipe ; le cadre prévient son collègue mais Philippe est parti : ils doivent porter plainte. 2) Sur le chantier, Philippe supervise la pose du bitume ; il dit à Louis que la CGI leur fait confiance ; Nicolas prend la pelleteuse ; l’orage éclate et Louis veut arrêter car c’est dangereux, mais Philippe refuse ; la sirène retentit, Philippe court vers la pelleteuse de Nicolas qui prend feu ; risquant sa propre vie, Philippe parvient à le dégager juste avant l’explosion mais Nicolas est blessé et inconscient.

Séquence 62
2h00’15’’
L’heure de vérité
Nicolas arrive aux urgences, Monika accourt avec Philippe, que Gaby regarde avec réprobation. Dans le couloir où ils attendent, elle tend à Philippe le papier avec ses fausses signatures et lui demande de partir. Le médecin lui dit que les brûlures sont superficielles. Gaby agresse Philippe et le traite d’escroc, Louis et les gars s’interposent.

Séquence 63
2h01’57’’ L’aube du dernier jour
Le juge et la police croient Philippe déjà loin et déploient les gros moyens pour l’arrêter avant l’aube. Lui, seul sur son chantier, allume les éclairages et contemple sa route finie. Il plante son drapeau au bout et fait face à la police.

Séquence 64
2h05’11’’ Générique de fin
[2h08’07’’]
Cinq cartons racontent la fin de l’histoire vraie : depuis sa sortie de prison, Philippe a disparu, mais une entreprise a poursuivi ses travaux déclarés conformes en réemployant son équipe ; seule l’agence d’intérim a porté plainte. Suit le générique complet avec le même lettrage blanc sur fond noir.